samedi 31 octobre 2015

Pétrarque, le premier homme moderne

Pétrarque
Pétrarque
1304 - 1374

Pétrarque mérite d’être appelé le premier homme moderne, en ce sens qu’il inaugura chez les Latins le sentiment délicat de la culture antique, source de notre civilisation.
Ernest Renan

Pétrarque est avec Dante et Boccace, le père de la plus illustre tradition littéraire italienne et le fondateur de la culture humaniste, culture qui irrigua l’ensemble de la Renaissance européenne. Italien de naissance, Pétrarque vécut de longues et heureuses années en Provence où il rencontra Laure dans l’église Sainte-Claire en Avignon, le 6 avril 1327. On sait ce qu’il advint de cette rencontre et l’œuvre immense qui en découla. La Laure de Pétrarque ne tarda pas à rejoindre la Béatrice de Dante et devint à son tour, plus qu'une figure littéraire, un emblème.

La Postérité répond à Pétrarque contient les actes du colloque qui se déroula à l’Université d’Avignon à l’occasion du VIIe centenaire de la naissance de Pétrarque, en 2004. Ce titre répond à une œuvre du poète, sa Lettre à la Postérité dont une citation est placée en exergue du présent recueil : « Vous avez peut-être entendu parler de moi, quoiqu’il soit douteux qu’un nom aussi mince et si obscur traverse l’espace et le temps, et vous désirerez sans doute savoir qui j’étais et quel a été le sort de mes ouvrages… ».

D'un centenaire l'autre


Il sera donc question de savoir en quoi nous sommes, aujourd’hui encore, redevable à la pensée et à l’œuvre de Pétrarque. Question que suggérait déjà Pierre de Nolhac[1] à l’occasion du VIe centenaire du poète, et qui mérite, cent ans plus tard, d’être approfondie : 

« Pétrarque est donc du petit nombre d’esprits auxquels, sans le savoir, nous devons tous quelque chose de notre vie intellectuelle. Il faut juger sa grandeur à celle des idées qu’il a fait revivre et dont l’Europe n’a pas encore, après des siècles, cessé de nourrir sa pensée. »

Sous-titré Sept siècles de fortune pétrarquienne en France, ce volume réunit une vingtaine d’études publiées sous la direction d’Eve Duperray[2]. Il y est question des liens et des lieux qui unirent Pétrarque à la Provence, de la réception de son œuvre aussi bien que de son influence sur ses contemporains et successeurs.

Sade et Pétrarque


Au milieu de ce riche bouquet, on lira avec un intérêt particulier l’étude que Thibault de Sade, descendant de l’illustre marquis, consacre aux liens qui unissent depuis des siècles sa famille à François Pétrarque et qui commence ainsi : 

« Pétrarque a croisé la vie des Sade il y a quelques siècles et depuis, aussi étonnant que cela paraisse, un lien indéfectible emprisonne amoureusement Pétrarque et la famille de Sade. Mon objectif n’est pas de prouver que la Laure de Pétrarque est absolument Laure de Sade, il est simplement de démontrer que Pétrarque et Laure hantent depuis sept cents ans la famille de Sade comme des esprits de lumière ou des fantômes énigmatiques qui traversent notre histoire. »

G.M.


Pétrarque
340 pages, 29 euros



[1] Poète et historien, rappelons ici que Pierre de Nohlac découvrit, à la fin du XIXe siècle, trois manuscrits autographes de Pétrarque à la Vaticane, dont celui du Canzoniere. Il fut également l’auteur d’un excellent bien que daté Pétrarque et l’humanisme initialement paru en 1892.
[2]Eve Duperray, historien et auteur de nombreux ouvrages dont L'Or des mots - Une lecture de Pétrarque et du mythe littéraire de Vaucluse des origines à l'orée du XXe siècle - Histoire du pétrarquisme en France, Paris, éd. Publications de la Sorbonne, 1997.

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