dimanche 21 février 2016

La crise du livre, d’hier à aujourd’hui

editions Beauchesne

Le 14 octobre 1933, sollicité par l’hebdomadaire Les Nouvelles littéraires, Gabriel Beauchesne, fondateur des présentes éditions[1], livrait quelques conseils afin de remédier à ce que l’on nommait déjà la crise du livre. Des conseils qui, 82 ans plus tard, nous ont semblé suffisamment actuels pour que nous ayons envi de les partager :

« À la quantité, sachons substituer la qualité de nos productions: le bon livre se vendra toujours, malgré l'auto et la T.S.F. ; d'autre part, de bons romans rapporteront plus à leurs éditeurs que de ces pauvretés qui n'enrichissent personne.

Et puis, voyez-vous, laissons le livre au libraire. Le libraire d'autrefois était presque un ami, le confident des goûts littéraires, le chercheur d'œuvres artistiques dont le lecteur allait solliciter la compétence de bon aloi. Si les éditeurs savent, contrairement à ce que font certains, maintenir au libraire ce caractère strictement défini, au lieu de mettre en vente des livres partout, ils auront moins de déchet dans leur production, moins de frais généraux, et la confiance des honnêtes gens et des esprits cultivés.

Si la critique aussi se montrait plus régulièrement sévère, sans rudesse mais sans faiblesse, si le juge littéraire ne vantait jamais de livres d'une qualité médiocre, oubliait le signataire et ne songeait qu'à l'ouvrage présenté, le public se rangerait davantage à ses avis, et l'éditeur comme le lecteur n'auraient qu'à se louer de voir recommander les œuvres les plus dignes de l'être.

Enfin, si nous voulons rendre vie à l'exportation, maintenons haut le prestige du livre français : ne présentons que des œuvres littéraires d'une bonne tenue, et bannissons des librairies étrangères, comme le conseil de censure du Cercle de la Librairie le fait pour la publicité dans son bulletin périodique, les ouvrages grossiers qui donnent de la France littéraire une idée dégradante, néfaste à notre crédit dans le monde… »




[1] Signalons encore que Gabriel Beauchesne fut également, durant les années 1930, président du Cercle de la Librairie et du Syndicat des Éditeurs.

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